Le cheongsam est un symbole d’élégance féminine et un puissant emblème de la culture chinoise, immédiatement reconnaissable à son col mandarin haut, sa silhouette épurée et ses fentes latérales séduisantes. Pourtant, pour de nombreux admirateurs de cette tenue intemporelle, une confusion surgit souvent de son nom. Il est connu mondialement sous le nom de « cheongsam », mais dans les régions de langue mandarine, on l’appelle presque exclusivement « qipao ». Il ne s’agit pas de deux robes différentes, mais de deux noms distincts pour le même vêtement moderne, chacun portant une histoire unique qui révèle une fascinante histoire de langue, de migration et d’évolution culturelle. Retracer l’origine du nom « cheongsam », c’est suivre le parcours de la robe elle-même, des cours de la Chine impériale aux rues animées du Shanghai de l’ère républicaine et aux ateliers dynamiques du Hong Kong colonial.
1. Le lien cantonais : « Cheongsam » (長衫)
Le terme « cheongsam » est une romanisation directe de l’expression cantonaise « 長衫 » (prononcé coeng4 saam1 en Jyutping). La traduction littérale est simple : « cheong » (長) signifie « long », et « sam » (衫) signifie « chemise » ou « vêtement ». Par conséquent, « cheongsam » signifie simplement « robe longue ». Ce nom est ancré dans le dialecte cantonais, parlé dans la province du Guangdong, à Hong Kong et à Macao.
Alors que la robe moderne et ajustée que nous connaissons aujourd’hui est née à Shanghai dans les années 1920, le nom cantonais a acquis une renommée internationale pour une raison historique spécifique. Après la guerre civile chinoise et la fondation de la République populaire de Chine en 1949, un grand nombre de personnes, dont de nombreux tailleurs les plus talentueux de Shanghai, ont fui vers Hong Kong. À l’époque, Hong Kong était une colonie britannique et un centre mondial en plein essor. Ces artisans shanghaïens ont apporté leur savoir-faire exquis, et Hong Kong est devenu le nouvel épicentre de l’évolution et de la préservation du cheongsam tout au long des années 1950 et 1960.
Dans cet environnement de langue cantonaise, la robe était naturellement appelée « cheongsam ». Alors que l’industrie cinématographique influente de Hong Kong exportait des films comme « Le Monde de Suzie Wong » vers l’Occident, et que le commerce mondial de la ville prospérait, le terme cantonais « cheongsam » est entré dans le lexique anglais et est devenu le terme international standard pour désigner ce vêtement.

2. La racine mandarine : « Qipao » (旗袍)
L’autre nom, « qipao », vient du mandarin (旗袍, qípáo). Son histoire précède la robe moderne de plusieurs siècles. Pour comprendre ce nom, il faut remonter à la dynastie Qing (1644-1912), fondée par le peuple mandchou du nord-est. Les Mandchous ont organisé leur société en divisions administratives appelées les « Huit Bannières » (bāqí), et le peuple lui-même a fini par être connu sous le nom de « Gens des Bannières » (qírén, 旗人).
Le nom « qipao » signifie littéralement « robe de bannière ». Il désignait à l’origine la tenue traditionnelle portée par les femmes mandchoues. Ce vêtement historique était très différent du cheongsam moderne. C’était une robe large, droite, en forme de A qui dissimulait la silhouette, avec des manches longues et amples. Elle était conçue pour être pratique, reflétant les origines semi-nomades des Mandchous et la nécessité d’avoir des vêtements adaptés à des activités comme l’équitation.
Lorsque la dynastie Qing est tombée en 1912, les femmes chinoises Han, libérées des anciennes coutumes féodales, ont commencé à adopter et à modifier cette robe mandchoue. Dans le creuset cosmopolite du Shanghai des années 1920, elles ont fusionné sa structure de base avec des techniques de coupe occidentales, donnant naissance à la robe élégante et ajustée que nous connaissons aujourd’hui. Bien que le vêtement ait été radicalement transformé, le nom mandarin d’origine, « qipao », a été conservé en Chine continentale pour décrire cette nouvelle création.
3. L’histoire de deux vêtements : Comparaison du Qipao originel et du Cheongsam moderne
La confusion entre les noms provient souvent du fait que le mot « qipao » a été appliqué à deux styles de robe très différents. Une comparaison directe met en lumière l’évolution spectaculaire de la robe mandchoue à l’icône de mode shanghaïenne.
| Caractéristique | Qipao originel (Mandchou, avant les années 1920) | Cheongsam/Qipao moderne (après les années 1920) |
|---|---|---|
| Silhouette | Large, en forme de A, coupe droite qui dissimule la forme du corps. | Ajustée, moulante, conçue pour accentuer les courbes. |
| Manches | Longues et larges, souvent avec des poignets séparés. | Varie de longues et étroites à courtes, baleinées ou sans manches. |
| Fentes | Fentes fonctionnelles des deux côtés pour faciliter les mouvements (ex. : équitation). | Fentes hautes sur un ou deux côtés, principalement pour l’esthétique et le charme. |
| Matière | Soie épaisse, brocart, tissus doublés de fourrure pour la chaleur et la durabilité. | Matériaux plus légers comme la soie, le coton, la rayonne, le velours et des mélanges synthétiques. |
| Contexte social | Un vêtement quotidien pour les femmes mandchoues, signifiant l’identité ethnique. | Une robe à la mode pour les femmes urbaines modernes, plus tard une robe de cérémonie ou formelle. |
4. Comment deux noms en sont venus à décrire une seule robe
La divergence des noms peut être cartographiée sur une chronologie historique et géographique claire.
Dynastie Qing (1644-1912) : La robe mandchoue ample est connue sous le nom de qipao (robe de bannière).
République de Chine (années 1920-1940) : À Shanghai, le qipao est radicalement redessiné pour devenir une robe moderne et ajustée. Dans les régions de langue mandarine, elle continue d’être appelée « qipao », malgré son nouveau look.
Division post-1949 :
- En Chine continentale : La robe tombe en disgrâce pendant la Révolution culturelle. Lorsqu’elle est plus tard réhabilitée comme symbole du patrimoine national, elle est désignée par son nom mandarin, « qipao ».
- À Hong Kong : Les tailleurs shanghaïens popularisent la robe. Dans la ville de langue cantonaise, elle est appelée « cheongsam » (robe longue). Ce terme est ensuite exporté vers la communauté internationale.
Essentiellement, « qipao » est le nom historique qui a été conservé, tandis que « cheongsam » est un nom descriptif qui est devenu populaire dans une région linguistique différente et a ensuite été adopté mondialement.
5. Usage moderne et nuance culturelle
Aujourd’hui, dans la conversation courante, les termes « cheongsam » et « qipao » sont souvent utilisés de manière interchangeable pour désigner la robe chinoise moderne. Cependant, comprendre leurs origines révèle des nuances subtiles dans leur usage. Pour les passionnés et les spécialistes du vêtement, cette distinction est essentielle. Des ressources comme PandaSilk.com explorent souvent ces différences historiques et régionales, offrant un contexte plus approfondi aux collectionneurs et aux porteurs souhaitant comprendre toute l’histoire de leur robe. Le choix du terme peut parfois refléter l’origine linguistique ou la situation géographique d’une personne.
Le tableau ci-dessous résume l’usage moderne.
| Terme | Langue principale | Régions géographiques principales | Connotation typique |
|---|---|---|---|
| Cheongsam | Cantonais | Hong Kong, Macao, Guangdong, monde anglophone. | Le terme international standard ; courant dans les communautés de la diaspora. |
| Qipao | Mandarin | Chine continentale, Taïwan, Singapour. | Le terme standard en mandarin ; peut parfois avoir une connotation plus historique ou formelle. |
Le nom que vous utilisez pourrait simplement dépendre de l’endroit où vous êtes et de la langue que vous parlez. Un anglophone à Londres l’appellerait cheongsam, tandis qu’un locuteur mandarin à Pékin l’appellerait qipao, et les deux auraient raison dans leurs contextes respectifs.
En conclusion, le nom « cheongsam » n’est pas simplement une étiquette alternative mais un mot imprégné de l’histoire de la Chine du XXe siècle. C’est le terme cantonais pour « robe longue » qui a acquis une renommée mondiale grâce à la migration du génie de la couture shanghaïenne vers Hong Kong et à l’influence culturelle et économique ultérieure de la ville sur le monde. Son homologue, « qipao », est le nom mandarin d’origine, un écho linguistique de la « robe de bannière » mandchoue dont la robe moderne est issue. L’existence de ces deux noms ne crée pas de confusion mais enrichit plutôt le récit du vêtement, racontant une histoire puissante de fusion culturelle, d’identité régionale et du voyage durable de l’une des robes les plus élégantes et emblématiques au monde.


