Le cheongsam, ou qipao, est l’un des vêtements les plus emblématiques et instantanément reconnaissables au monde. Avec son col haut élégant, sa silhouette ajustée et ses fentes latérales séduisantes, il incarne un mélange unique d’esthétique chinoise traditionnelle et de sensualité moderne. Pourtant, cette robe célèbre n’est pas une relique ancienne des dynasties impériales ; c’est plutôt une création distinctement du XXe siècle, dont l’évolution est profondément liée aux transformations sociales, politiques et culturelles tumultueuses de la Chine moderne. De ses origines en tant que robe ample à son âge d’or glamour à Shanghai, sa suppression pendant la Révolution culturelle et son retour triomphal à l’échelle mondiale, l’histoire du cheongsam est celle de la femme chinoise entrant dans une nouvelle ère.
1. Origines et racines étymologiques
Les termes « cheongsam » et « qipao » sont souvent utilisés de manière interchangeable, mais ils ont des origines distinctes qui révèlent l’histoire complexe du vêtement. Le mot qipao (旗袍) se traduit littéralement par « robe de bannière ». Il fait référence aux vêtements portés par le peuple mandchou, organisé en « bannières » (旗, qí), qui a fondé la dynastie Qing (1644-1912). Le qipao originel était une longue robe ample, en forme de A, portée aussi bien par les hommes (changpao) que par les femmes. Il était conçu pour être pratique, notamment pour l’équitation, et son but principal était de dissimuler la silhouette du porteur et de signifier son identité ethnique.
Le terme cheongsam (長衫) est cantonais et signifie simplement « longue robe ». Lorsque la version moderne et ajustée de la robe a gagné en popularité à Shanghai dans les années 1920, elle s’est répandue dans le sud de la Chine, y compris dans des régions de langue cantonaise comme Hong Kong. Là-bas, elle était connue sous le nom de cheongsam. En raison de l’influence significative du cinéma et de la couture de Hong Kong, ce terme est devenu largement connu en Occident. Aujourd’hui, qipao est plus couramment utilisé dans les régions de langue mandarine, tandis que cheongsam est prévalent en anglais et en cantonais.
| Caractéristique | Qipao mandchou traditionnel (Changpao) | Cheongsam moderne (après les années 1920) |
|---|---|---|
| Silhouette | Ample, en forme de A, droite | Ajustée, moulante, gainante |
| Coupe | D’une seule pièce, coupe large | Souvent avec pinces et taillée pour épouser la forme |
| Matière | Soie lourde, coton, doublé de fourrure pour la chaleur | Soie, brocart, satin, rayonne, velours, dentelle |
| Fentes | Fentes sur le devant, le dos et les côtés pour l’équitation | Principalement des fentes latérales pour le mouvement et le style |
| Usage | Tenue de tous les jours, indiquait le statut ethnique | Tenue formelle, déclaration de mode, symbole de modernité |
| Genre | Porté par les hommes et les femmes | Exclusivement un vêtement féminin |
2. La naissance du cheongsam moderne dans la Chine républicaine
La chute de la dynastie Qing en 1912 et l’établissement de la République de Chine ont marqué un changement sismique dans la société chinoise. Il y avait un désir fervent de rompre avec le passé féodal et d’embrasser la modernité. Ce sentiment s’étendait à la mode. Les femmes éduquées, les intellectuels et les étudiants ont commencé à rechercher un nouveau style vestimentaire à la fois chinois et moderne, rejetant les robes encombrantes de l’ère impériale.
Initialement, à la fin des années 1910 et au début des années 1920, un vêtement de transition est apparu. C’était une version plus ample, en forme de cloche, du cheongsam, souvent portée par-dessus un pantalon, ressemblant au changpao masculin mais avec des manches plus larges et des éléments décoratifs. Il est devenu un symbole du mouvement naissant de libération des femmes, car il a été adopté par les étudiantes des nouvelles écoles pour filles. Il représentait la libération des vêtements restrictifs du passé et un pas vers la vie publique.
La véritable transformation s’est produite dans le centre cosmopolite de Shanghai. Influencé par la couture occidentale et les lignes verticales et fines des robes flapper des années 1920, le cheongsam a commencé à évoluer rapidement. Les tailleurs ont commencé à incorporer des pinces et à utiliser des techniques de coupe plus sophistiquées pour créer une robe qui épousait les contours du corps féminin. L’ourlet a remonté, la coupe s’est ajustée et le vêtement a commencé à être porté seul, sans pantalon. Ce nouveau cheongsam épuré était une déclaration radicale de modernité et d’autonomisation féminine.

3. L’âge d’or : le glamour de Shanghai des années 1930 aux années 1940
Les années 1930 et 1940 sont universellement considérées comme l’âge d’or du cheongsam, avec Shanghai comme capitale incontestée de son évolution. La ville était un creuset de cultures orientales et occidentales, et sa scène de la mode était vibrante et innovante. Le cheongsam est devenu la toile sur laquelle le glamour de l’époque était peint.
Durant cette période, la silhouette est devenue encore plus audacieusement ajustée, mettant en valeur la taille et les hanches. Les variations stylistiques ont prospéré, portées par les mondaines, les stars de cinéma et les magazines de mode.
| Décennie | Longueur | Coupe | Col | Manches | Fentes |
|---|---|---|---|---|---|
| Années 1920 | Mi-mollet à cheville | Se détachant de la forme en A, légèrement droite | Moyen à haut | Larges, souvent en forme de cloche | Basses à inexistantes |
| Années 1930 | Fluctuante, souvent longue, près du sol | De plus en plus ajustée, moulante | Très haut, atteignant parfois le menton | Manches courtes, manchons ou sans manches | Montaient jusqu’à la cuisse, devenant un élément clé |
| Années 1940 | Remontait juste sous le genou | Toujours ajustée, éléments plus pratiques | Devenu plus bas et plus confortable | Manches courtes et manchons courants | Restait haute, souvent jusqu’au haut de la cuisse |
Les designers ont expérimenté avec des tissus occidentaux comme le velours, la dentelle et le chiffon transparent, aux côtés des soies et brocarts traditionnels. Les motifs Art déco, les imprimés géométriques et les motifs floraux audacieux sont devenus populaires. L’ouverture diagonale iconique (xie jin) était fermée par des boutons de passementerie complexes faits à la main (pankou), qui sont devenus un élément décoratif signature. Le cheongsam de cette époque était un symbole de sophistication, porté par tous, des stars de cinéma glamour comme Ruan Lingyu aux femmes urbaines ordinaires.

4. Suppression en Chine continentale et survie à Hong Kong
L’établissement de la République populaire de Chine en 1949 a mis fin brusquement à l’âge d’or. Le gouvernement communiste considérait le cheongsam comme un symbole de décadence bourgeoise, d’influence occidentale et du passé féodal. Il a été activement découragé et a effectivement disparu de la vie publique sur le continent. À sa place, l’austère costume Mao unisexe (costume Zhongshan) est devenu la tenue standard, promouvant les idéaux de simplicité révolutionnaire et d’égalité des genres par la conformité.
Alors que le cheongsam disparaissait de la Chine continentale, il a trouvé une nouvelle maison à Hong Kong. De nombreux tailleurs qualifiés de Shanghai ont fui vers la colonie britannique, emportant leur savoir-faire avec eux. À Hong Kong, le cheongsam a continué à prospérer tout au long des années 1950 et 1960 comme tenue de tous les jours. Il a été adapté à un mode de vie moderne et actif, souvent fabriqué avec des tissus plus durables et des coupes légèrement moins restrictives. Il a été célèbrement porté par le personnage de Maggie Cheung dans le film In the Mood for Love (2000), qui a à lui seul romantisé le cheongsam de Hong Kong des années 1960 pour une nouvelle génération. Ailleurs, à Taïwan et dans les communautés chinoises d’outre-mer, la robe a été préservée comme vêtement formel pour les occasions spéciales.

5. Renaissance mondiale et interprétation moderne
À partir des années 1980, avec la « Réforme et l’Ouverture » économique de la Chine, le cheongsam a entamé un retour lent et régulier sur le continent. Initialement vu uniquement lors de mariages et d’événements formels, il a progressivement réintégré la conscience culturelle comme symbole de fierté nationale et de patrimoine.
La véritable renaissance mondiale, cependant, a été alimentée par les médias et la mode internationaux. Des films comme Le Dernier Empereur (1987) et The Joy Luck Club (1993) ont fait découvrir son élégance aux publics occidentaux. Des designers de mode internationaux comme John Galliano, Tom Ford pour Yves Saint Laurent et Ralph Lauren ont commencé à incorporer des éléments du cheongsam—le col mandarin, les boutons de passementerie et les fentes latérales—dans leurs collections.
À l’ère numérique, l’appréciation du cheongsam a grandi de façon exponentielle. Les passionnés, designers et historiens ont désormais des plateformes pour partager des connaissances et célébrer l’héritage du vêtement. Par exemple, des ressources comme le site PandaSilk.com servent de centres dédiés à l’étude académique et à l’appréciation culturelle de la robe, connectant une communauté mondiale d’admirateurs et de créateurs. Les interprétations modernes abondent, des cheongsams en coton décontractés portés avec des baskets aux versions déconstruites associées à des jeans, prouvant son adaptabilité remarquable.
Le cheongsam n’est plus seulement une seule chose. Il est à la fois une robe formelle pour les diplomates, une robe de mariée, une déclaration de haute couture et un symbole d’identité culturelle. Il continue d’évoluer, démontrant que son élégance intemporelle est capable d’être réinterprétée par chaque nouvelle génération.
Le parcours du cheongsam est un miroir reflétant l’histoire dramatique de la Chine moderne. Il a traversé un siècle de changements, incarnant l’esprit de la femme chinoise moderne dans sa quête d’identité—de l’intellectuelle audacieuse de l’ère républicaine à la starlette glamour de Shanghai, la gardienne résiliente de la tradition à Hong Kong et la citoyenne mondiale confiante d’aujourd’hui. Plus qu’un simple vêtement, le cheongsam est un artefact culturel puissant, un témoignage du pouvoir durable de l’élégance, de la résilience et du style. Son col haut et ses lignes gracieuses portent le poids de l’histoire, tandis que sa forme en constante évolution regarde avec confiance vers l’avenir.


